“La brebis, une moissonneuse devant, un épandeur derrière”, Elevage



Un stock fourrager presque exclusivement sur pied, des chantiers de récolte et de distribution d’aliment réduits à la portion congrue, pas de bâtiment dédié du fait d’une conduite en plein air intégral, un parasitisme réduit au minimum grâce au pâturage (super) dynamique, la réintroduction d’animaux dans un bassin parisien toujours plus céréalier, tout en conservant 80% de la sole en cultures de vente, une fertilité des sols en voie de restauration, une diversification des revenus, l’ouverture à la vente directe grâce aux caissettes d’agneau vendues sur un
site internet tout frais : tel est le système d’exploitation adopté par Baptiste Nicolle, 25 ans, exploitant 124 ha à Fréville-du-Gâtinais (Loiret).  “L’idée de développer un élevage de mouton m’a été soufflée par mon père et mon oncle“, explique le jeune éleveur. “Eux-mêmes élèvent des porcs et des volailles“.

L’installation de Baptiste Nicolle en 2018 coïncide avec le lancement du programme de recherche et développement “Pâturage Ovin en Système Céréalier en Île-de-France” (Poscif), piloté par l’association Agrof’île, lauréat de l’appel à projet Ademe Graine, avec le concours de l’ACTA, de l’INRAE, de l’espace-test Les Champs des Possibles, du Centre inter-régional d’information et de recherche en production ovine (CIIRPO) et de l’Institut de l’Elevage.

Le projet, qui court de 2018 à 2021, vise à valoriser la diversité de biomasse végétale disponible au sein des systèmes de culture céréaliers franciliens, pâturables en automne et en hiver. Si les couverts d’interculture sont évidemment dans la cible, des cultures de vente telles que le blé ou le colza sont également concernées.

Je fais pâturer mes brebis sur mes parcelles de blé environ un mois, en février, avant le stade épi 1 cm“, explique l’éleveur. “Pour ne pas altérer le rendement du blé, il faut les changer de place tous les jours, via un système de pâturage tournant dynamique. L’idée, c’est de ne pas taper le système racinaire du blé. Au final, je récolte en moyenne 70 q/ha, un rendement identique à celui enregistré sur des bandes test“.

Avant de pâturer les blés, les brebis ont fait office de broyeurs dans les couverts associant colza fourrager et tournesol implantés au semis direct en été, ce qui fait dire à l’agriculteur que la brebis est une “super moissonneuses devant, avec un épandeur derrière”. Une autre formulation de la synergie cultures-élevage.

Au printemps, les brebis agnèlent dans les méteils de seigle, triticale, féverole et pois, qui précèdent le maïs. Les prairies et la luzerne permettent de passer l’été. Environ 100 ha des 124 ha sont réservés à la culture du blé, du blé dur, de la féverole, de l’orge de printemps et du maïs, ce qui n’empêche pas l’exploitation d’être autonome en fourrage, avec cette singularité de disposer de l’essentiel du stock sur pied.

Je fonctionne avec environ 10 tonnes de foin, ce qui, rapporté à 500 brebis, équivaut à cinq jours de stock”, déclare Baptiste Nicolle. Autonome, l’élevage s’avère aussi économe. La race y est pour beaucoup. “Les Wairere Romney peuvent rester à l’extérieur 365 jours par an et même en hiver, elles préservent leur état corporel sur les couverts“, poursuit-il. “Je n’ai donc pas de bâtiment dédié à l’élevage, mais en contrepartie, je ne compte ni les kilomètres de clôture, ni les kilomètres que je réalise pour les faire tourner d’une parcelle à l’autre“.

Le pâturage tournant dynamique a aussi des vertus en terme de prévention contre le parasitisme. Dernier point : le parc de matériels est également optimisé.  “Le principe, c’est d’amener les brebis à l’aliment et pas l’inverse “.

Avec le temps, le jeune éleveur espère aussi capitaliser sur une amélioration de la fertilité de ses sols mais il lui faudra attendre quelques années, car il a récupéré des terres “vidées” lors de son installation.

D’un point de vue économique, la situation est également tendue compte tenu du fait qu’il a consenti un gros investissement de départ dans l’achat de foncier. Le partage des expériences dans le cadre du projet Poscif est aussi de nature à ménager des marges de progrès dans la conduite de l’exploitation.

Et puis il y a la vente directe de caissettes d’agneau, tout juste étrennée, promise à monter en puissance avec le temps (et qui pourrait s’étoffer avec la viande de porc et de volaille du père et de l’oncle), et qui au-delà de la question économique, était un autre fondement du projet. De la moissonneuse à l’épandeur mais aussi de la fourche à la fourchette.

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